La nouvelle jeune fille au pair

Dans quelques minutes, je ferai enfin la connaissance de notre nouvelle jeune fille au pair. Monsieur est parti la chercher, avec ses valises, à la gare de St Pancras.

On lui a parlé par téléphone puis par Skype. Les enfants lui ont fait des dessins, qu’on lui a envoyés. On a compté les jours. On a préparé sa chambre.

Ils ne disent plus “la chambre de C” mais “la chambre de L“.

Bref, j’ai essayé de les préparer au mieux.

J’appréhende quand même. La transition entre Super nounou et notre cousine-au pair n’avait pas été facile. Les enfants avaient probablement senti que, plus jeune, elle était moins sûre d’elle. Et ils avaient appuyé là où ça fait mal.

Lili avait été aussi méchante qu’elle sait l’être : “J’aime pas que ce soit toi qui nous gardes, je préférais être avec Super Nounou.”

J’ai vu notre cousine au bord des larmes.

J’espère qu’avec la nouvelle on repartira sur de bonnes bases, qu’il la respecteront et l’aimeront, qu’ils lui obéiront et s’amuseront avec elle.

J’espère qu’elle sera aussi responsable qu’elle m’a semblé l’être.

Mais j’espère aussi que la cohabitation se passera bien. C’est très difficile de vivre avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, de partager son quotidien. C’est difficile d’ouvrir son intimité à une étrangère.

J’espère que ses attentes et les nôtres se rejoindront. J’espère qu’elle aura autant besoin que nous de moments de respiration. J’espère qu’elle ira parcourir Londres et faire les 400 coups avec ses copines, comme on se doit de le faire à son âge, et que pendant ce temps-là je pourrai profiter de ma famille.

Publié dans Maman à Londres | 7 Commentaires

T’as pas trop froid à Londres ?*

Alors oui, moi aussi j’étais pleine d’idées reçues sur le climat anglais. Et comme je connaissais bien l’Angleterre, je pensais que ce n’était pas que des idées reçues, justement.

Juste avant le déménagement, je nous ai re-équipés en parapluies et bottes en caoutchouc.

Nous avons déménagé sous des trombes d’eau. La pluie n’a pas cessé pendant deux semaines. Et pendant ces deux semaines, nous avons trouvé dans la cuisine une grenouille et une limace.

Ça confirmait bien tout ce qu’on disait sur le climat anglais (et donc que j’avais été bien avisée de faire les soldes chez Aigle).

Pourtant, depuis, nous avons eu de belles surprises.

Comme nos amis parisiens, nous dînions en t-shirt le premier week-end d’octobre – mais sur notre terrasse, face à notre jardin. Sans regrets donc.

Maintenant les mots qui me viennent à l’esprit quand on parle du climat anglais, plutôt que humide, c’est changeant (on voit le soleil tous les jours) et modéré.

La vague de froid, là, elle est bien arrivée chez nous aussi. Mais modérément.

La neige est tombée (Monsieur et les enfants ont fait un magnifique bonhomme de neige dans le jardin, et moi j’ai posté une photo sur Instagram, comme tout le monde). Mais modérément.

Les températures sont passées en négatif. Mais modérément.

Il a fait bien moins froid qu’à Paris. Mais tous ceux qu’on avait au téléphone nous demandaient : “Ca va, pas trop froid à Londres ?

Et là, je viens d’arriver avec les enfants chez ma Maman dans le Sud-Ouest. Dans la semaine, il y a fait jusqu’à -12°C. Au moment où j’écris ce billet, il fait 6°C de moins qu’à Londres et la neige est toujours là. Et ça n’empêche pas les gens du village de me demander : “Ca va, vous n’avez pas eu trop froid là-haut ?” Et de se marrer quand je réponds : “Moins qu’ici !

Les préjugés ont la vie dure.

(* oui, c’est encore un billet météorologique. La météo est un sujet de conversation rituel chez les Anglais, et maintenant je suis un peu anglaise. Alors ce n’est probablement pas le dernier.)

Publié dans Maman à Londres | Tagué , | 4 Commentaires

Balafrée

Ma fille est une beauté. Forcément.

Elle est parfaite. Enfin presque.

Mais un jour, à l’occasion d’une banale dispute entre frère et sœur, Marcel a sorti les griffes, qu’il avait sans doute mal taillées, et gravé sa colère dans la joue de sa sœur.

Un peu de sang. Pas grand-chose, une égratignure d’un centimètre à peu près. Elle a pleuré, il a été puni, et puis la dispute a aussitôt été oubliée et ils ont recommencé à jouer. Une égratignure de plus qui aura disparu dans quelques jours, pensai-je.

Les semaines passaient et on trouvait que ça ne cicatrisait pas très bien. On a décidé d’aller voir une dermatologue.

La dermatologue m’a montré sa propre joue. Marquée, elle aussi, par un coup de griffe de son frère. Ça paraît anodin, mais la blessure d’un ongle d’enfant est bien plus profonde qu’il n’y paraît.

Depuis, la cicatrice est tartinée matin et soir de crème cicatrisante, avec l’espoir de la réduire, mais certainement pas de l’effacer.

Rien de grave. Mais je suis contrariée de voir la peau de princesse de ma fille marquée de cette façon. Contrariée de savoir que c’est mon fils qui a laissé son empreinte et que cela pourra lui être reproché. Contrariée d’imaginer qu’elle pourrait éventuellement en former un complexe ou une rancœur.

Rien de grave. Cela sera à peine visible.

Mais j’ai retenu la leçon : les ongles sont coupés tous les trois ou quatre jours.

Publié dans Lili, Marcel, Vis ma vie de maman | 11 Commentaires

Trois ans

Pffiou. Ça passe tellement vite.

Il y a 3 ans (et quelques jours) j’annonçais sur mon ancien blog l’arrivée un peu en avance de mon fils. M, comme Marcel, mon Petit Prince.

Il y a 18 mois je chouinais sur ses problèmes de sommeil, et m’attendrissais de son goût pour les câlins.

Il y a un an, je m’extasiais sur ses progrès dans le langage.

Depuis… ça n’a pas vraiment changé. Il est très câlin, il parle très bien. Il apprend quelques mots d’anglais avec nous, en attendant d’être mis dans le grand bain (la nursery l’année prochaine, si tout va bien).

Mais il a fait beaucoup de progrès. Il fait de grandes phrases compliquées, avec propositions subordonnées, conjonctions de coordination et tout le tralala. Il pose beaucoup de questions. Un de ses sujets de prédilection, en ce moment : les bactéries qui causent les caries.

Il a réussi l’exploit de se passer de couches de jour et de nuit en même temps, quelques jours avant un changement de maison, de pays et de nounou, et de ne pas trop revenir en arrière. Je ne me l’explique toujours pas, mais j’en suis ravie.

Marcel et Lili jouent beaucoup ensemble. Lili commande, bien entendu, mais il a du répondant aussi. Avec leurs doudoux, ils jouent au papa et à la maman.

Ou alors, ils s’amusent avec les mots : pipi, caca, prout… et aussi See you spoon).

Ou encore, ils se déguisent.

Aujourd’hui il a trois ans, et on organise son tout premier goûter d’anniversaire. Il aura un goût un peu spécial parce que juste après la fête il faudra dire au revoir à notre cousine au pair, et qu’il lui est très attaché.

En attendant, j’ai des ballons Chuggington à gonfler. Ça change de Cars.

Happy 3 ans mon bébé.

Publié dans Marcel | 18 Commentaires

Ce besoin de raconter

Avant, j’étais nullipare et je ne comprenais pas pourquoi les femmes avaient besoin de raconter avec force détails leur accouchement.

Bordel*, c’est intime, non ? Aller parler de l’ouverture (exprimée en doigts) du col de son utérus à qui veut l’entendre (ou pas) c’est à la limite de la décence.

Et puis franchement, quoi de mieux pour décourager les suivantes de se reproduire ?

Mais ça, c’était avant.

Depuis, j’ai vécu deux naissances.

Et je me retrouve souvent malgré moi emportée dans une explication à base de “Alors moi j’ai été déclenchée pour Lili, le jour du terme, et… ralentissement du rythme cardiaque… césarienne… au bloc… forceps.”

Quand je m’en rends compte, c’est trop tard, j’ai déjà les larmes aux yeux, et surtout, j’en ai déjà trop dit.

Ce n’est pas que j’entre dans les détails anatomiques. Mais j’outrepasse déjà largement les limites de ma pudeur.

Et je perpétue ainsi la tradition.

Alors pourquoi ce besoin ?

1. Peut-être qu’il y a vraiment un besoin de transmettre. Avant, les femmes étaient bien plus entourées d’autres femmes initiées, des soeurs, des tantes, des amies… Un accouchement, ça a beau être naturel, ça n’est pas sans risques. On a besoin d’être entourée et préparée.

2. A part peut-être une ascension de l’Everest, il n’existe pas d’expérience plus violente, plus magique, et plus transformante qu’une naissance. C’est notre expérience initiatique, notre événement fondateur. C’est une prouesse, un exploit. On a produit une merveille et on est toujours en vie. On en est hyper fières. Normal qu’on ait envie de la raconter.

3. C’est un déferlement d’émotions et le racontant aux autres, c’est surtout à soi qu’on le raconte pour revivre cette tempête émotionnelle. En évoquant le souvenir, on se recharge en endorphines, on se refait un shoot de bonheur et d’amour. Entretemps, le bébé peut être devenu Gremlin (ou une petite fille qui ne veut porter que son t-shirt Minnie rose). Peu importe : en se rappelant la rencontre avec son enfant, on réaffirme l’amour qu’on lui porte.

Alors voilà. Je m’étais juré de ne rien dire sur mes accouchements. Mais ça, c’était avant de les vivre.

***

* Ceci est ma contribution au concours de Mère Bordel (dont, comme beaucoup, j’ai adoré suivre l’accouchement sur Twitter) pour fêter la sortie de son livre. Bon, je sais que je ne gagnerai pas, l’humour c’est pas mon fort… mais l’important, c’est de participer, non?

Publié dans On joue, Vis ma vie de maman | 5 Commentaires

L’esprit scientifique de Lili

Hier, je m’étais donné pour mission de ramasser toutes les pièces qui traînaient dans la maison (je vis avec le genre d’homme qui a des pièces dans sa poche et en laisse tomber partout). Je les ai mises dans ma poche, et puis j’ai oublié.

Source : www.pachd.com

Le soir, je les ai déposées dans la salle de bain, en prenant soin de faire deux tas : un pour les Euros, et un pour les livres Sterling.

Ce matin, Lili, qui aime bien jouer avec l’argent mais ne manipule guère que des pièces en plastique, les remélange.

Je râle un peu.

“Ah ben non ma Puce, je les avais triées, un tas pour les pièces anglaises et un pour les pièces françaises.”

“Ah ? Attends, je vais les retrier.”

Je m’éloigne en soupirant.

Mais elle l’a fait. Elle m’a appelée, et m’a montré : sur une vingtaine de pièces, une seule n’était pas à sa place.

“Mais… tu les as vraiment triées ? Comment tu as fait ?”

“Ben c’est facile Maman, sur les pièces anglaises il y a la Reine !”

Depuis je demande à tout le monde qui a bien pu lui refiler le truc, en vain. C’est bien elle qui a compris ça toute seule comme une grande.

A pas tout à fait 5 ans, âge auquel on croit encore que le Père Noël existe, que le ciel est une bande bleue au dessus de nos têtes, et qu’on grandit pile le jour de son anniversaire, ma fille a su chercher un point commun entre les pièces et s’en servir pour les classer, presque sans erreur, en deux séries.

J’en suis ravie, émue, et un peu sidérée aussi.

Publié dans Lili | 8 Commentaires

A l’église anglicane

J’avoue, j’ai toujours été tentée par la chose religieuse.

Jusqu’à mes 13 ans, j’étais dans un établissement privé et j’ai reçu un enseignement catholique. Il n’était pas du tout relayé à la maison, mais peu importe : j’avais des messes toutes les 2 semaines à l’école, j’ai reçu le baptême, fait ma première communion puis ma profession de foi avec mon école. Après, bien sûr, comme beaucoup j’ai laissé tomber. Je ne savais pas trop à quoi je croyais et de toutes façons ce n’était pas à la mode.

Mais quand les premiers copains se sont mariés à l’église, je me suis dit que je m’y verrais bien aussi. D’ailleurs, Monsieur était plus réticent à l’idée du mariage qu’à l’idée de le faire à l’église. Quant au baptême de nos enfants, il était plus catégorique que moi : il fallait qu’ils soient baptisés. L’idée était que nous sommes tous les deux issus de la tradition catholique, et qu’on devait transmettre ça, sinon le reste, à nos enfants.

Il y a quelques mois, quand l’idée de déménager à Londres s’est concrétisée, et que nous avons cherché une école pour Lili, nous avons pris contact avec l’école anglicane (gratuite, entièrement financée par la Church of England) et la state school, qui étaient les plus proches de notre future maison. Quels inconscients, candidater en juin et pour seulement 2 écoles…

Je ne sais pas encore par quel miracle cela s’est fait, mais nous avons réussi à avoir une place dans l’école publique, qui s’avère très bien.

Cependant, l’école anglicane est meilleure, en plus d’être légèrement plus proche. Dans la hiérarchie des écoles non privées, il y a :

  1. les écoles catholiques romaines
  2. les écoles anglicanes, et
  3. les écoles publiques.

L’école anglicane est très demandée et, parmi les critères d’admission, une présence régulière à la messe anglicane est requise.

Voilà pourquoi, depuis septembre, j’emmène mes enfants presque toutes les semaines à l’église.

Cathédrale de Canterbury (source : www.great-britain.co.uk)

Pour tout dire, j’aime bien. L’Église anglicane (Christian church of England) est inclusive, ouverte, et se dit très proche de l’Église catholique (qui, elle, rejette les Anglicans – pour faire simple). Nous y sommes les bienvenus.

La messe du dimanche est magnifique, riche de chants et de musique. Elle se termine toujours par un moment de convivialité (thé, café, et biscuits dans l’église même). Les enfants y sont bien accueillis : les plus grands peuvent faire des activités sur le thème du jour dans une chapelle attenante, et pour les plus petits qui ont besoin de bouger, une salle avec des jouets et des livres permet de les divertir.

Dès la première messe j’ai fait la connaissance de familles du quartier. Quant au prêtre, très sympa, il m’a déjà envoyé un email.

Marcel et Lili ne protestent plus. Ils prévoient un livre, un jouet, et se tiennent tranquilles, en attendant de pouvoir aller prendre un gâteau.

Bien sûr, je me pose quelques questions. J’ai fait un choix opportuniste : l’église anglicane, qui est proche, pour l’école, plutôt qu’une église catholique pour laquelle il faudrait prendre la voiture… Si on reste quelques années ici, si, par l’école (en admettant qu’on finisse par avoir une place), ils suivent une éducation anglicane et non catholique, cela pourrait leur poser des problèmes de réintégration plus tard. Les sacrements qu’ils recevront ici ne seront pas reconnus par l’Église catholique.

Pour ma part, je suis ravie d’avoir retrouvé le chemin d’une église, fût-elle anglicane. Cela me permet d’expliquer plus concrètement à ma fille qu’il y a différentes religions avec différents rites, et qu’elles sont toutes respectables. Ses copines voilées de l’école sont musulmanes, tandis qu’elle est chrétienne, comme les copains de l’église.

J’ai l’impression d’avoir relié les points avec ma propre enfance.

Publié dans Interrogations, Maman à Londres | 9 Commentaires